Réflexion sur ma propre identité

Après une semaine vallonnée de rencontres improvisées et prévues de Chinois vivant au Québec, je me sens privilégiée de pouvoir parler de ce sujet au travers de mon expérience.

Comme je ne suis pas née au Canada, je me sentais un peu écartée du sujet du film au début. Je n’ai pas la même sensibilité que les deux caractères principaux Bethany et Parker. Lorsqu’ils retraçaient leurs racines chinoises, moi de mon coté je me sentais parfois m’éloigner des miennes. En effet, le simple fait de parler et d’utiliser d’autres langues que la mienne tous les jours me transforme en une différente personne. Je me suis posée la question : Que deviendrai-je? Qu’est-ce que je  souhaite devenir? Au moins, ce film m’a permit d’y réfléchir davantage.

Au fil des ans, je m’étais aperçue que certaines de mes valeurs sont différentes de celles des Chinois typiques, par exemple l’importance excessive envers le travail, la stabilité financière et l’obéissance. De plus, je trouve qu’ils planifient leur vie de façon exagérée à un point qu’ils considèrent même leurs enfants comme un investissement pour l’avenir. À vrai dire, je ne tiens pas à ces valeurs typiques, cela me dérangeait tant que je voulais partir. Depuis presque trois ans que je vis à Montréal, je n’avais pas conversé avec autant de Chinois. J’ai été persuadée que si je voulais vivre à l’étranger, ce ne serait pas pour rencontrer des Chinois.

À mon avis, les voyages, les découvertes et les rencontres stimulantes forment nos valeurs alors que notre noyau fondamental s’est déjà formé avant notre vie d’adulte. Durant le ‘road trip’, je me suis rendue compte qu’il existe toujours ce lien familier avec les Chinois que j’ai croisés sur la route du Québec  puisque nous parlons la même langue et nous avons les mêmes manières. J’ai plus de facilité à m’identifier soit comme Chinoise ou Hongkongaise sous ces circonstances. Ce voyage m’a fait comprendre que moi aussi, je devrais être plus patiente et tolérante envers les valeurs que je n’apprécie guère, l’histoire et la lutte précédentes de Chinois ont fait ce qu’ils sont aujourd’hui.

Beaucoup de conflits et de racisme sont causés par l’ignorance et l’intolérance, je crois que l’harmonie nous amènerait loin, le mot chinois de ‘Harmonie’ (和諧) suggère : ensemble, union(和) et harmonie, accord (諧). Selon l’étymologie, le mot ‘harmonie’ était employé en musique au début, si les musiciens ne s’écoutent pas en jouant dans un concert, quel serait le résultat? Je crois que c’est pareil dans une société : écouter les uns les autres, ouvrir son cœur et accepter la différence nous aideraient à nous approcher à l’harmonie.  J’espère que ce film déploierait tant les coutumes traditionnelles que les valeurs de nos jours afin de dévoiler une partie des mystères chez les immigrants Chinois.

Tous les titres tels que ‘Sino-Québecois’, ‘Sino-Canadien’, ‘Chinois-Canadien’ sont nommés par des ‘outsiders’, je pense que la plupart des gens définissent ces termes par le fait géographique qui est la façon la plus évidente et adoptée, par contre, ce film nous fera comprendre que les gens sont libres d’interpréter ce que signifient toutes ces appellations. À travers ce voyage, je suis certaine que Bethany et Parker ont également la liberté d’interpréter ces termes, de se faire accepter par leur différence et éventuellement de trouver leur espace où ils se sentent à l’aise pour planter leurs graines en quiétude. Ce serait injuste d’épingler aux gens les étiquettes qui sont accompagnées d’une tonne de stéréotypes.

KWOK Wai-Yin, la recherchiste et l’assistante de production

 

William’s reflections on the road to Gaspé

What strikes me the most about the Chinese who settled in the Regions of Québec is their strength and their determination to make their lives there. Here are some of the people we met.

  • St. Agapit, Jinn Zhou has two PHD’s in biology but cannot find a job in his field. He was sweeping the front of his dépanneur as we pulled up. Being the only Chinese in St. Agapit, his broad smile revealed how happy he was to see some Chinese faces. He was very positive in his efforts to learn French and to make his living in this small village 40 km south of Québec City, “parce que les gens ici sont trés sympathique”.
  • Québec City, Napoléon and Jaime Kate Woo, father and daughter who own and operate the Wok N Roll, which serves classical Chinese-Canadian food on Boulevard Charest. I am lobbying for stair racing as an Olympic sport so I can see Jaime Kate compete. Four generations of Woos have lived in Québec and this is where they belong. Jaime Kate tells me that once or twice a week, some Québécois customer would say, ”tu parles très bien français, juste comme nous.”
  • Mikaël Tam, 20, captain of the junior Remparts hockey team was surprisingly eloquent in his own identity as a Chinese athlete in hockey crazy Québec. Malcolm was caught up in that hockey fever as he entered the Québec Colisée.
  • Parker and Bethany had some Zen moments in Charlesbourg as they were treated by Lya Wu Bin. Lya, a holistic estheticist made a calm and conscious decision to root herself in Québec, as her Chinese values blend into those of her new home. Lya considers herself “Ambassadrice de la beauté et interculturelle Québec-Chine.”
  • Where was Québec City Chinatown? Has it become just virtual, as created by Michel Parent? “It used to be Chinatown, today it’s a parking lot.” – Robert Lepage, La Trilogie des Dragons.
  • Rimouski – we arrived at the Hotel Lyse late at night. Imagine our surprise when an Asian woman in her pajamas came to greet us at the counter. I quickly established that she is Chinese, named Lin He who moved here in March with her husband Ben and 4 year son Simon. The couple arrived in Canada 6 years ago from Chengdu and lived in Montreal and Winnipeg. They prefer the simple life in small towns. They are learning French and find the people here very friendly and helpful but they haven’t found a Québécois who could pronounce their family name He.
  • At UQAR (Université du Québec à Rimouski) we met up with Ting and Tianyu, two students from China active in the International Students Association. Everyone at UQAR seems to know them. The effervescent Ting (who really works as a tour guide) took us on a whirlwind tour of Rimouski and Le Bic. Ting and Tianyu are considering their options on whether to stay in Rimouski after their studies. In the words of Ting, “immigrate ici, ah?’
  • Gaspé – In the parking lot of Place Jacques Cartier, we met up with two members of the band Dji Dji who were performing at the concert au bout du monde along with Parker. We were looking for signs of Chinese living here and they were looking for any signs of Chinese food. Together, we discovered Le Bourlinguer, a restaurant owned by Lisa Tam and Danny Xie.While they don’t speak much French, their 18 year son, Victor, speaks French with a Gaspésie accent.
  • One impression that struck with me from the people we met is the courage and determination they have to make a life for themselves and their families in the regions of Québec. There was Ling, who met her Québécois husband over the Internet. With little French or English, she left her family and the comforts of China determined to make a life for herself with her new husband in Rimouski.

Now the tough part starts, we will try and shape all that we discovered into a film to show what it means to be Chinese in Quebec and what that means for our future struggles here. It will be a fun film!

– William Ging Wee Dere

Les sinos de retour à Montréal

De retour à Montréal, et je me sens – bizarrement – chinoise!!

En fait, le voyage a eu l’effet inverse que je pensais. Plus qu’on montait le fleuve, plus de jours on a passé avec des chinois de toutes les origines, plus mon cantonais s’améliorait (grâce aussi à notre coordinatrice de production, Wai-Yin), plus de variétés de bouffe chinoise que j’ai mangé …. et le résultat: je me sens encore plus chinois que avant de partir. En fait, j’ai trouvé la motivation pour me consacrer d’avantage à mon apprentisage des langues chinoises, à toutes les histoires et mythologies qui font vibrer notre culture. Et je pourais dire – même si pas tous les chinois qu’on a rencontré sur la route soient d’accord – que je suis une sino-québécoise. En sachant la variété de façons de l’etre, vues pendant notre voyage à travers le Québec, ça élargit pour moi la possibilité que nous soyons tous sino-québécois, même juste une fille grandie à Ottawa de parents chinois.

Merci à Malcolm, William, Wai-Yin, Alex et Parker pour une excellente semaine! Stay tuned for more to come!

Back home, more updates soon

The last few days just flew by as we filmed and had some some wonderful experiences on the way to the end of the world! More info soon as lots of travel, filming and lack of internet access slowed us down a little. Still, now you can look forward to the updates to come as we document « Être chinois-e au Québec »!

Gaspé, mon amour

Imaginez notre surprise d’arriver à Gaspé et d’être reconduit vers les chinois par …. des ivoiriens!?! En fait, c’est exactement ce qui s’est passé. Le band de Parker, Dji Dji, jouait au Festival Musique du Bout de Monde. On les rencontre dans la rue, et ils avaient déjà trouvé LA famille chinoise à Gaspé, comme ils préfèrent manger la bouffe chinoise pendant leurs tournées. Fait qu’on a décidé d’aller ensemble – deux ivoiriens et deux chinois, en plus de toute une équipe de production – au Bourlingueur, pas le nom le plus approprié pour un restaurant chinois, il faut dire.

 

On a fait tourner les têtes! Et quelques madames pas très joyeuses, car on faisait beaucoup de bruit, ou bien peut-être parce que deux africains et deux asiatiques ça faisait trop de changement de la scène habituel à Gaspé (même dans un resto chinois), j’en sais rien – mais je les ai demandé de nous prendre en photo, celle que vous voyez ci-haut, pour briser la glace.  J’ai mangé que la soupe won ton, accompagnée de nouilles frites de style que je n’avais jamais mangé, genre des chips en forme de nouille. Disons que le menu était assez typique d’un certain genre de resto chinois-canadien!

 

Lisa et Danny nous ont reçu très chaleureusement, peut-être contents de pouvoir parler en cantonais à d’autres chinois. Ils sont à Gaspé depuis 6 ans, mais ont aussi un logement à Montréal. Leur fils, Victor, étudiant au Cégep de la Gaspésie, parle un français gaspésien – peut-être un des premiers sino-gaspésiens du monde?

 

Plus tard, après un spectacle qui fait danser tout Gaspé, on retourne sur la route vers Matane, notre pitstop vers Montréal. Nous avons décidé de prendre le chemin par Murdochville, question de sauver une trentaine de minutes de trajet. Première surprise: 20 km sortie de Gaspé, Parker réalise que son clavier est toujours sur la rue, au bord de la scène. On fait un 180, et parce que c’est Gaspé, et les gens sont si fins, le clavier est toujours là, on respire et on retourne sur la route. Deuxième surprise: à 60 km, une crevaison majeure, qu’il fallait changer dans le noir. Heureusement, Alex, notre caméraman, avait amené une torche! On l’a remplacé dans le quasi-noir entre Gaspé et Murdochville – j’ai donc appris c’est quoi d’utiliser un « spare ». Le lendemain, une petite réparation et nous retrouvons notre roadtrip, cette fois-ci, dans le sens inverse, vers Montréal, avec des souvenirs et beaucoup de temps à réfléchir.

 

‘Immigrate ici – ah.’

J’aime tellement le Bas St-Laurent. Il y a 11 ans, j’ai passé mon premier été au Québec, ici au bas du Fleuve. Et comme première impression du peuple québécois, je n’aurais pas pu demander mieux. Notre journée aujourd’hui me rappelle de toutes les raisons que j’adore les québécois. Ils te parlent, et on sent la liberté de parler à n’importe qui. Chaque interaction est remplie de blagues et de chaleur. Et on dirait que nos guides à Rimouski, deux étudiants originaires de Chine, se retrouvent parfaitement bien ici. Ting et Tianyu ont cette qualité d’esprit qui me manquait sans que je le sache. Ça me rappelle que je voudrais un jour déménager à un endroit semblable, où la vie bouge plus calmement mais avec douceur, et où on retrouve une élégance dans le quotidien des relations sociétales. Bref, je devrais peut-être considerer à ‘immigrate ici – ah‘ comme la polyglote Ting dit si bien (en anglais, français et mandarin, en 3 mots!)


Qui est chinois?

Une autre journée de passée, et cette fois-ci, on suit un duo hors-pair, le père Napoléon Woo et sa fille Jaime Kate. Jaime Kate a repris le restaurant de sa famille – anciennement la Maison Woo, et maintenant le Wok N Roll – et est maintenant la gestionnaire principale. Napoléon était coiffeur et donne un coup de main à sa fille à sa retraite. Ils sont tous les deux nés à Québec – on dirait des vrais québécois. Mais en fait, Jaime Kate nous a surpris en disant qu’elle parle Toisanois (dialecte de la région dont je viens), et en plus, elle a passé toute sa vie au restaurant. Ça veut dire, même si elle est née à Québec, et moi à Hong Kong, qu’elle est bien plus ‘chinoise’ que moi. En tout cas, c’est selon la définition de M. Zhu de St-Agapit. En réponse à ma question si on avait quelque chose en commun comme chinois (et en sachant que je parle à peine le cantonais), il dit ‘juste le visage’.